Objectif
Familiariser le public luxembourgeois avec les thématiques liées au secteur de l'inclusion financière

Partenaires

Banque de Luxembourg, InFiNe.lu

Quelques chiffres depuis la création en 2006
42 Midis, 68 intervenants du monde entier, 29 partenaires et sponsors associés


Midi de la microfinance et de l’inclusion financière

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Les « Midis de la microfinance et de l'inclusion financière » sont des conférences organisées à Luxembourg et dédiées aux enjeux et aux évolutions de la finance inclusive.


42e Midi de la microfinance

42e Midi de la Microfinance et de l'inclusion financière 

 

Quelle est la vraie valeur des taux d’intérêt en microfinance ?

Luxembourg, le 24 janvier 2018 | ADA s’est penché sur le sujet des taux d’intérêt lors du 42e Midi de la Microfinance, organisé à la Banque de Luxembourg. Devant un Auditorium complet de 150 personnes, les intervenants invités, provenant des institutions de microfinance (IMF) et de la réglementation, d'Afrique et d'Amérique latine ont expliqué l’équation complexe de la fixation des taux d’intérêt, de la protection du client et du rendement des « banques pour les pauvres ». Veronica Trujillo Tejada, Consultante en développement du secteur financier à la Banque mondiale - CGAP, a animé cette session avec Rosa Pasos, membre exécutif de la Commission nationale de microfinance (Conami), acteur régulateur de la microfinance créé il y a 5 ans au Nicaragua, et Soulemane Djobo, chargé de projets dédiés à l’Afrique chez ADA Luxembourg.

Compétitivité, transparence et protection du client

Afin d’instaurer les bonnes pratiques, dans certains pays, la régulation exige de fixer les taux d’intérêt pratiqués par les institutions de microfinance (IMF) dans le monde. C’est le cas en Afrique de l’Ouest, comme l’explique Soulemane Djobo, où depuis 2005, le taux est fixé d’abord à 27% et ensuite à 24%. Malgré la régulation, le secteur maintient tout de même une forte compétitivité entre les IMF, facteur important pour diminuer les prix et donner accès à plus de clients.

Au Nicaragua, même si le taux n’est pas soumis à une quelconque fixation, la régulation se penche sur la protection du client en assurant la compétitivité entre les acteurs et la transparence de l’IMF envers les clients, ainsi que des clients envers l’IMF. « Le client peut donc choisir où il veut emprunter, en fonction des coûts et de l’accompagnement recherché » ajoute Rosa Pasos.

Les facteurs qui déterminent le taux fixé sont très divers : coûts de financement, de provision, la marge, ainsi que les coûts opérationnels. Ces derniers représentent le facteur le plus coûteux à l’IMF. De fait, la gestion du dossier d’un client vivant souvent dans le milieu rural, éloigné de l’agence, ainsi que son accompagnement sur-mesure, engendrent des coûts très élevés à l’IMF.

Selon Soulemane Djobo, ces charges liées au personnel et à l’administration peuvent être réduites à long terme grâce aux nouvelles technologies qui facilitent le travail du chargé de crédit et améliorent son efficacité en atteignant plus de clients en moins de temps. En réduisant ses dépenses, le taux demandé par l’IMF pourrait donc baisser également.

Comme l’ajoute le chargé de projet de ADA, « en réalité, la personne en besoin d’argent va chercher l’accès aux fonds, peu importe la valeur du taux, sachant qu’elle ne sera pas servie par les banques traditionnelles ». Telle est donc la valeur ajoutée de la microfinance par rapport aux autres acteurs financiers.

Le rappel de la mission cruciale est important de signaler devant les étudiants internationaux présents dans l’Auditorium de la Banque de Luxembourg venus participer au Certificat en régulation de la finance inclusive de la Chaire ADA – Luxembourg, eux-mêmes potentiels futurs régulateurs.

Le professeur Dirk Zetzsche, titulaire de la Chaire ADA, à la Faculté de droit, économie et finance de l'Université du Luxembourg a conclu le débat en mentionnant l’importance de s’intéresser à la problématique au cas par cas, sachant que les facteurs mentionnés liés au risque, la transparence ou aux coûts justifiés ou non-justifiés sont adaptés à la réalité dans chaque pays. Les 23 pays où le cap a été fixé ne présente pas de résultats optimaux ni pour le client ni pour l’IMF. En tout état de cause, il est donc difficile d’uniformiser tant la régulation que la valeur du taux.


 

Mot de l'expert

Graphique luc

Pour en savoir davantage sur les taux d’intérêts en microfinance, nous avons demandé l’explication de ce sujet complexe à notre expert de longue date : Luc Vandeweerd, Conseiller à la direction chez ADA.

Calcul du taux

En microfinance, les taux d’intérêts d’un microcrédit  sont fixés en calculant le taux effectif global qui mesure le coût total d'un crédit pour l'emprunteur et équivaut en général au calcul de taux d'intérêt avec les frais de gestion de dossier et autres frais divers.

Par exemple, sur 100 € empruntés, une IMF doit ajouter de nombreuses charges sans lesquelles elle ne pourrait pas fonctionner :

  • De 12 à 30% : les coûts opérationnels de l’IMF
  • De 6 à 10% : les coûts financiers
  • De 2 à  3 % : les coûts de provision du portefeuille à risque (les crédits défaillants)
  • Enfin, la marge qui ne dépasse pas les 2%

La couverture de tous ces coûts est indispensable si l’IMF veut pérenniser son activité.

Transparence

La notion de transparence est très importante pour l’IMF. Créée depuis une dizaine d’années, the Smart Campaign est un réseau qui travaille avec les IMF de manière à mieux protéger les clients suite aux différentes dérives et permet de vérifier si celles-ci n’exagèrent pas les taux calculés de leurs coûts effectifs.

Réglementation

Si la transparence est indispensable pour le secteur, le plafonnement de taux d’usure par les banques centrales peut aussi impacter la pérennité des IMF. C’est pourquoi, dans certains pays, il y a 2 taux d’usure : un pour les banques et un autre, plus élevé, pour les IMF.

En pratique, la réglementation sur l’usure demeure toutefois difficile à respecter surtout pour les IMF qui ont des coûts beaucoup plus importants que les banques et des recettes moindres vu les montants de crédits plus faibles. Dans l’espace de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) par exemple, les taux d’usure sont désormais depuis le 1er janvier 2014 de 15 % pour les banques et 24 % pour les IMF. Ils étaient auparavant de 18 et 27 %. Cette mesure doit permettre d’alléger les  conditions d’accès au crédit, au bénéfice des ménages, des PME et des entreprises en général.

Il est donc désormais plus difficile pour une IMF d’assurer son autosuffisance opérationnelle, donc sa pérennité, en respectant ce seuil. Les plus petites IMF, avec moins de clients et des crédits peu élevés, ont besoin d’appui financier pour fonctionner.

Le marché de la microfinance n’est clairement pas le même que celui des banques. Sans les IMF, surtout de petite taille, les clients potentiels se rendraient chez les usuriers qui appliquent des taux complétement aléatoires. En plus de montants prêtés, qui sont beaucoup moins élevés que dans les banques, la durée du crédit est différente des banques donc la charge d’intérêt (et donc les recettes de l’IMF) pèse moins lourd.

Il est important d’ajouter que pour la rentabilité saine de l’IMF, l’activité crédit doit couvrir 70% de ses activités.

Autre variable importante qui peut également faire baisser les coûts financiers, l’utilisation de l’épargne domestique collectée auprès des clients dont une partie peut venir nourrir les crédits.  Mais cela est réservé aux IMF qui de par la réglementation peuvent collecter l’épargne.

Dans tous les cas, avec la professionnalisation des pratiques et l’expansion des réglementations spécifiques et des mesures de contrôle, le secteur connait une expansion. Dans certains marchés matures, il a même été constaté une baisse des taux.

Autre phénomène plus récent,  les agents de crédits qui prêtent plus d’attention aux produits financés et nous remarquons une conscientisation face aux produits locaux et de circuits courts.

Par ailleurs, des programmes d’éducations financières auprès des clients des IMF devraient être mis en place de manière à leur expliquer les coûts liés à l’encadrement du crédit accordé.


 

Pour en savoir plus le sujet :

Sources : ADA, LMDF, SOS Faim, UNDP 

Les orateurs de ce Midi

Dr. Veronica Trujillo Tejada, Financial Sector Development Consultant, World Bank – CGAP, Washington, USA

Verónica est spécialiste des services financiers numériques (DFS, de l'anglais digital financial services) et de l'inclusion financière. Elle travaille en tant que consultante pour la Banque mondiale en analysant les politiques et les réglementations pour favoriser le développement de la DFS dans le monde. Son analyse inclut l'infrastructure (système financier et connectivité / infrastructure technologique) ainsi que les produits spécifiques à DFS (monnaie électronique, finance alternative, crowdfunding, entre autres). Auparavant, elle a travaillé comme consultante pour le Fonds multilatéral d'investissement (MIF, Banque interaméricaine de développement), menant ou participant à de nombreux projets régionaux pour soutenir l'inclusion financière dans les pays d'Amérique latine et des Caraïbes. Au cours de son travail, elle a participé à la publication de l'équipe Global Microscope of Financial Inclusion et dirigé un projet visant à créer une base de données régionale sur les indicateurs de durabilité et de sensibilisation des institutions financières.

Verónica est titulaire d'un doctorat de l'Université de Salamanque, d'une maîtrise en relations internationales et diplomatie et d'une autre en droit et économie. Elle est avocate à la Pontificia Universidad Católica del Perú.


Rosa Pasos, Membre exécutif de la Commission Nationale de Microfinance (Conami) - Nicaragua 

Rosa a occupé des postes dans deux banques d'État et deux banques privées, dont en tant que membre du conseil d'administration de Dutch Investment.

En 1998, elle a commencé son expérience dans le domaine de la microfinance, où elle a occupé un poste permanent pendant trois ans auprès de SIDA, la Coopération de l'ambassade de Suède, pour la conception d'un projet d'assistance technique agricole et de finance rurale et dont l'actuelle Association de Microfinance du Nicaragua (ASOMIF) est née. Elle a également été membre du conseil d'administration du Fonds des services financiers ruraux financé par le FIDA / FAO.

Elle a travaillé en 2000 en tant que consultante permanente et spécialiste en finance et en microfinance, après avoir travaillé sur divers cabinets de conseil pour des organisations de microfinance, des réseaux de microfinance et des programmes de coopération.
Depuis 2012, elle est membre du conseil d'administration de la Commission nationale de la microfinance (CONAMI). Elle représente le secteur privé de la microfinance et dirige et coordonne un dialogue et une communication entre l'institution publique et le réseau de microfinance et les IMF. 

 


Isso-Takou Soulémane Djobo - Chargé de projet Senior, ADA

Avant de rejoindre ADA, Isso-Takou Soulémane Djobo travaillait en tant que Directeur du Bureau Régional Afrique Centrale et Coordonnateur Thématique Régional (Microfinance, Entreprise et Création d’Emplois) du CIDR, Directeur du réseau (FECECAV), Conseiller en Formation Crédit rural au sein du projet MCA-Burkina Faso pour le compte de Développement International Desjardins (DID), Gestionnaire Technique de Portefeuille (FENU) et Directeur dans le programme de Renforcement des Capacités des IMF en Afrique francophone (CAPAF) basé à Dakar.

Depuis 2008, Soulémane I.T. DJOBO accompagne les IMF dans tous les fondamentaux de l’intermédiation financière en Afrique subsaharienne (Centrale, Est, Ouest et Océan Indien).

De formation économiste-gestionnaire et spécialisé en Economie agroalimentaire, il a travaillé à la Caisse Nationale de Crédit Agricole (CNCA Togo) successivement au Projet Petit Crédit Rural (PPCR), puis comme agent de crédit et chef d'agence.

Il intervient à Boulder depuis 2005 où il a animé tous les thèmes techniques du CGAP pour les IMF, les Bailleurs de Fonds et les Banques Centrales.

Il intervient aussi comme coordonnateur de la formation dans le cadre du Programme de Renforcement des Capacités en Finance Inclusive (PRECAF), une initiative conjointe du CESAG (BCEAO) et de la MasterCard Foundation.


Dirk Zetzsche - Professeur de droit, titulaire de la Chaire ADA, Faculté de Droit, d'Économie et de Finance (FDEF), Université de Luxembourg

Le professeur Zetzsche a étudié le droit à l'Université Heinrich Heine de Düsseldorf, en Allemagne, où il a obtenu un doctorat en droit en 2004, après avoir complété sa LL.M. à l'Université de Toronto, Canada. Il a terminé sa thèse d'habilitation (Ph.D. habil.) En 2012, également à l'Université Heinrich Heine, avant de prendre la direction de la chaire Propter Homines de droit bancaire et des valeurs mobilières de l'Université du Liechtenstein. Le professeur Zetzsche a été conseiller et a participé à des groupes de travail d'experts lancés par des institutions publiques telles que le Conseil de stabilité financière, la Commission européenne, le Parlement européen, l'Autorité européenne des marchés financiers, le ministère allemand de la Justice, Finances ainsi que le gouvernement du Liechtenstein. Le professeur Zetzsche est l'un des directeurs fondateurs et président du comité des nominations de la Society of Investment Law et contribue au conseil académique de l'European Banking Institute (EBI) ainsi qu'au groupe de travail FinTech de l'Université du Luxembourg. Le professeur Zetzsche est titulaire de la Chaire de droit financier ADA de l'Université du Luxembourg depuis mars 2016. 

 


Pierre Even hudge 2014

Pierre Even - Head of Relationship Management Private Equity & Real Estate, Banque de Luxembourg

Pierre est responsable de Relationship Management Private Equity & Real Estate dans le cadre de la pratique du fonds d'investissement de la Banque de Luxembourg au service de la microfinance et des structures de fonds d'impact. Au cours des 10 dernières années, il a occupé divers postes au sein de la Banque de Luxembourg, conseillant des particuliers fortunés et des clients professionnels sur la faisabilité de projets de fonds et coordonnant la mise en œuvre juridique et opérationnelle ainsi que le lancement de leur fonds. Il possède une expertise dans les fonds alternatifs (private equity, immobilier, dette sophistiquée, infrastructures, microfinance ...), les fonds UCITS ainsi que sur les fonds comme outils de structuration de patrimoine.

Pierre est titulaire d'une maîtrise en sciences économiques de l'Université Paul Cézanne Aix-Marseille III et membre de divers groupes de travail de l'industrie.


 

Organisés par ADA en partenariat avec la Banque de Luxembourg, avec le soutien de la Coopération luxembourgeoise et InFiNe.lu, les Midis de la microfinance et de l’inclusion financière ont lieu durant la pause-déjeuner de 12h à 14h. Au menu, la présentation d'une étude ou d'un cas pratique par un expert d’un domaine de la finance inclusive, suivie d’une séance de questions-réponses, et clôturée par un déjeuner-buffet.

 

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