©Qotto Une cliente de la start up à son domicile présente le kit énergétique d’une valeur de 1000€  à rembourser en 3 ans.

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48e Midi de la Microfinance et de l'inclusion financière

Le moment impact investing

« Développer les financements innovants pour un équilibre entre durable et rentable. »

Le 48ème Midi de la microfinance, organisé par ADA à la Banque de Luxembourg avec le soutien du réseau InFiNe.lu et de la Coopération au développement luxembourgeoise, s’est transformé en Midi de l’investissement d’impact ce jeudi 27 février. Jean-Philippe De Schrevel, Fondateur et Associé Gérant de Bamboo Capital Partners (un fonds d’investissement luxembourgeois de $400 millions) et Jean-Baptiste Lenoir, co-fondateur et Président de Qotto, une energy tech franco-africaine, ont débattu ensemble de la nécessaire symbiose entre investissement, innovation et inclusion, afin d’améliorer le quotidien de la population à la base de la pyramide.

C’est avec l’exemple concret de Qotto « une entreprise qui change la donne, qui a un impact sur la vie des gens » d’après Axel De Ville, conseiller à ADA et modérateur de la discussion, qu’a démarré ce Midi. Cette entreprise, présente au Bénin et au Burkina Faso fournit des kits solaires de très bonne qualité à des ménages pauvres, qui paieront grâce à un microcrédit de moins d’un dollar par jour, via leur mobile. Grâce à ce kit les populations rurales font un investissement à long terme sur leur quotidien et ne doivent plus dépenser de fortunes pour le générateur qu’il faut alimenter en pétrole. Ils ont accès à une énergie propre qui leur coûte 4 fois moins cher. De plus certains peuvent gagner de l’argent ou tout simplement payer le kit en mettant à disposition l’énergie aux autres habitants du village.

Au total 10 000 personnes du milieu rural ont accès à la lumière, à internet et aux services financiers grâce à la start up qui commercialise ces produits depuis 2016. Dans un monde, où un milliard de personnes vivent sans électricité, le besoin comme le marché semblent sans fin. « En fait, nous avons décentralisé un service nécessaire pour vivre et pour entreprendre avec des micro-infrastructures, des kits solaires qui peuvent durer 15 ans » explique Jean-Baptiste Lenoir, dont l’entreprise affiche un EBITDA positif.

L’urgence de partenariats publics-privés

« Au-delà du succès commercial, j’ai cette fierté de penser à ces enfants qui peuvent lire le soir, car une de nos ampoules équivaut à 40 bougies » ajoute l’entrepreneur. « C’est une nouvelle tendance très forte » abonde Jean-Philippe De Schrevel, « Il s’agit d’investissement financièrement prometteur avec des impacts sociaux colossaux » dont, sur les six fonds d’impact investing, trois interviennent en tant que venture capital.  « Le secteur privé sera nécessaire  pour atteindre les Objectifs du Développement Durable » en joignant fonds publics et privés, pour des financements mixtes. Ce n’est sans rappeler les acteurs locaux comme les gouvernements et les banques qui ont également leur rôle à jouer. Le Président de Qotto a rappelé également qu’il a récemment commencé à commercialiser ses services en partenariat avec la plus grande institution de microfinance du Burkina Faso, rencontrée grâce à la SAM (Semaine Africaine de la Microfinance), organisée par ADA à Ouagadougou l’année dernière.

L’Afrique a besoin d’innovations pour se développer et donc de financement pour ses innovations. Pour cela, les banques doivent changer leur perspective d’investissement et se focaliser sur le moyen / long terme (et non plus le court terme ». « Face à l’urgence climatique, face à l’urgence sociale, on ne peut plus attendre un track record » affirme Jean-Philippe De Schrevel. « Ceux qui ne s’adapteront pas ne feront pas partie des solutions, ils seront une partie du problème ». Le fondateur de Bamboo Capital insiste « qu’il n’y a plus d’excuses pour le secteur privé de ne pas investir. Leur seul risque c’est de perdre les clients et le marché, s’ils n’adaptent pas les besoins financiers par les besoins de terrain et ne rejoignent pas le mouvement d’investissement d’impact ». « Ils deviendront des dinosaures » ajoute-t-il.

L’innovation saluée au Luxembourg

Le secteur financier devra donc changer de perspective, à l’instar de la Banque de Luxembourg, qui s’est vue décerné par le magazine  Euromoney, le label de banque responsable. Manuel Tonnar, Directeur de la Coopération au développement et de l'action humanitaire du Ministère des Affaires étrangères et européennes, a ainsi salué les deux interlocuteurs, « à la fois investisseurs et innovateurs tous les deux, visionnaires, tous les deux pour le développement durable ».  « Ils voient des opportunités quand d’autres considèrent cela comme un risque » ajoute-t-il, rappelant que le Luxembourg a investi justement 5 millions d’euros dans le fonds d’investissement d’impact ABC, géré par Bamboo Capital depuis le Luxembourg.

Du 25 au 27 mai 2020, en marge des Assises de la Coopération dédiés à l’innovation, ADA organise un Village de l’innovation inclusive à l’European Convention Center. Cet évènement, gratuit et ouvert à tous, sera une occasion de rencontrer 30 innovateurs qui mettent en place des idées pour aider les populations défavorisée du monde entier. Le 49e Midi de la microfinance sera également organisé dans ce cadre le 27 mai.

A propos de Qotto :

Lancée en 2016, cette start up fournit des services essentiels auxquels 800 millions d’Africains n'ont toujours pas accès, assurant l'autonomie des populations rurales et périurbaines d'Afrique de l'Ouest. Qotto développe et exploite une plateforme, conçue pour rendre ces services accessibles à l'ensemble de la population au bas de la pyramide :

  • Accès à l'électricité : vente (sur la base d'un crédit-bail) de kits solaires permet l'accès à une source d'énergie abordable. Plus de 10 000 personnes en bénéficient déjà. Certaines d'entre elles monétisent ce bien en générant des revenus, en revendant de l'énergie à leurs voisins, en rechargeant des téléphones portables.
  • Accès à Internet : solution technique qui fournit un accès internet de niveau de qualité 4G dans les zones rurales. Cette solution permet également aux clients de revendre de la bande passante autour d'eux.
  • Services financiers pour exploiter son activité de vente de kits solaires : solutions de connaissance du client et de notation de crédit.  L'entreprise accumule ainsi une connaissance détaillée des habitudes financières de ses clients. Grâce à cette connaissance, Qotto est en mesure de concevoir une gamme de services financiers adaptés à leurs besoins et à leurs moyens et s'apprête à les déployer. 

Avec une offre de services globale, basée sur sa plateforme technologique et sa logique peer-to-peer, l'approche de Qotto diffère de celle des acteurs historiques de l'énergie, des telcos ou des banques, qui restent sur des conceptions centralisées et hiérarchisées de leur réseau ou celle des nouveaux entrants et leur "système solaire domestique", qui peinent à rentabiliser leur modèle de produit unique.

Pour concrétiser cette vision, les fondateurs, Jean-Baptiste Lenoir et Fabrice de Gaudemar, ont réuni une équipe expérimentée et complémentaire, et ce sont aujourd'hui plus de 150 personnes qui travaillent avec succès au Bénin et au Burkina Faso (6 pôles commerciaux) depuis près de deux ans. Par son action, Qotto a déjà changé la vie de plus de 10 000 personnes.

A propos de Bamboo Capital Partners :

Bamboo Capital Partners est une société commerciale de capital-investissement qui réalise des investissements importants. Elle trouve des entreprises qui changent la donne, puis applique un mélange d'expertise géographique et sectorielle pour obtenir un rendement financier et social. Spécialisée dans l'énergie, les soins de santé et les services financiers à l'échelle mondiale, Bamboo possède des bureaux au Luxembourg, à Genève, à Bogota, à Nairobi et à Singapour.

Depuis son lancement en 2007, Bamboo a prouvé que les capitaux privés peuvent être utilisés de manière rentable comme outil de changement efficace. Elle gère près de 400 millions de dollars avec un portefeuille d'entreprises dans plus de 30 pays.

 

Revivez le 48e Midi en images :

 

 


48e Midi de la Microfinance | 27.02.2020

Photos de Olivier Minaire

Les orateurs de ce Midi

Jean-Philippe de Schrevel – Fondateur et Associé Gérant, Bamboo Capital Partners

Jean-Philippe de Schrevel a consacré l'essentiel de sa carrière au développement du domaine de l'"impact investing" dont il est considéré comme un pionnier mondial, ayant lancé 8 fonds d'investissement et levé plus d'un milliard de dollars à ce jour, dans diverses catégories d'actifs (revenu fixe, capital-investissement, capital-risque, financement structuré) et dans de nombreux secteurs (microfinance, énergie, santé, éducation, agroalimentaire, logement abordable). Le parcours de Jean-Philippe est le fruit d'une exposition personnelle précoce à l'extrême pauvreté lors de ses voyages, de son travail et de sa vie en Europe de l'Est, en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Ses objectifs de travail sont motivés par une foi et des valeurs profondément enracinées et par l'ambition de contribuer à résoudre certains des problèmes les plus critiques de notre planète. Réaliser des "investissements qui comptent" est la voie qu'il a choisi de suivre il y a une vingtaine d'années. Jean-Philippe a notamment cofondé en 2001 BlueOrchard Finance (un pionnier du prêt commercial aux banques de microfinance) et a travaillé chez McKinsey & Co, à l'ONU ainsi que pour diverses ONG. Il est titulaire d'un MBA de la Wharton School of Business et parle couramment le français, l'anglais et l'espagnol.


Jean-Baptiste Lenoir – Co-fondateur & Président, Qotto

« C’est en Somalie et au Darfour avec Action contre la faim que j’ai pris la mesure d’une chose : l’industrie ne répond pas aux besoins d’une grande partie des Africains. Et pourtant, elle en a la capacité. Les 4 milliards de personnes qui vivent avec moins de 2 dollars par jour ont des besoins et peuvent les financer avec le bon modèle ! »

Durant ses études d’ingénieur, en 1993, Jean-Baptiste part quelques mois au Burkina-Faso pour construire une école. Il découvre l’énergie du pays et du continent. Après quelques années dans les télécoms, où il vit la révolution internet, Jean-Baptiste décide de repartir. En 2003 c’est en Somalie et au Kenya qu’il dirige les opérations d’Action Contre la Faim.
Il expérimente malgré lui la vie hors réseaux électriques et les difficultés que cela imlique.

De retour en France Jean-Baptiste reprend sa carrière dans les télécoms et notamment comme Directeur Commercial Europe Moyen-Orient Afrique chez Thomson Télécom.

En 2012, au cours de son MBA à l’Essec, Jean-Baptiste prend conscience des immenses besoins des populations d’Afrique Subsaharienne. Il se lance dans l’électrification rurale et s’appuie sur ses expériences passées en Afrique et dans l’industrie.

En 2016 il co-fonde Qotto, avec son ami Fabrice de Gaudemar. Chez Qotto Jean-Baptiste se concentre sur les aspects commerciaux, marketing et management des équipes et le déploiement des opérations en Afrique.


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Axel de Ville – Conseiller à la direction, ADA, Luxembourg

Axel de Ville est actuellement Executive Advisor pour ADA, une ONG spécialisée en microfinance et entrepreneuriat. De 2013 à 2016, il était à Dakar, Chef du Bureau Régional de UNCDF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre puis Directeur Adjoint au Bureau Régional de UN Women pour la même région. Avant cette expérience en Afrique de l’Ouest, il a été Directeur exécutif de l’ONG ADA à Luxembourg pendant plus de dix ans et durant cette période, il a également créé et présidé le fonds d’investissement LMDF - Luxembourg Microfinance and Development Fund.

Son parcours professionnel l’a amené à travailler au Mexique et en Belgique dans le secteur privé et ensuite en Roumanie, à Djibouti, au Luxembourg et à Dakar dans la coopération au développement et la lutte contre la pauvreté. Ce parcours professionnel lui a permis d’acquérir une solide expérience en management et une connaissance approfondie des thématiques de développement, inspirée d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Il a également été administrateur de différents réseaux et fonds d’investissement d’impact, impliquant tant des acteurs publics que le secteur privé.

Au niveau académique, il dispose d’un master en économie appliquée de l’Université de Louvain, Belgique. Il a également participé à un programme d’échange avec l’Université de Georgetown, Washington D.C.


Manuel Tonnar – Directeur de la Coopération au développement et de l'action humanitaire du Ministère des Affaires étrangères et européennes, Luxembourg

De nationalité luxembourgeoise, Manuel Tonnar est directeur de la Coopération au développement et de l'action humanitaire du Ministère des Affaires étrangères et européennes depuis 2013. Il a rejoint la Direction en 2004, où il a été successivement chargé des programmes d'aide multilatérale, de la coopération avec les ONG et des programmes d'aide bilatérale en Asie, avant d'être nommé coordinateur général de tous les programmes d'aide en 2009. Avant d'entrer au ministère luxembourgeois des Affaires étrangères et européennes, Manuel a travaillé pour le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD/FENU) en tant que chargé de programme au Vietnam et au Mali dans les domaines de la décentralisation, du développement du secteur privé et de la microfinance. De 1997 à 1999, il a travaillé en tant que responsable commercial pour des projets d'innovation de hauts fourneaux chez Paul Wurth S.A., Luxembourg. Manuel est membre du conseil d'administration et du comité d'audit de Lux-Development. Il est gouverneur suppléant du Fonds international de développement agricole et membre du conseil d'administration du Luxembourg Microfinance Development Fund (LMDF) et du Luxembourg Inclusive Finance Network (InFine.lu). Manuel est titulaire d'une maîtrise en économie (1996) de l'Université des Sciences Sociales de Toulouse I et un M.B.A. en gestion des affaires internationales (1997) de l'Institut commercial de Nancy et de l'Université La Salle du Mexique.


Mélanie Mortier – Sr Portfolio Manager-Private Banking Investments, Banque de Luxembourg 

Mélanie Mortier a rejoint la Banque de Luxembourg en 2018 au sein de l'équipe Private Banking Investments. L'une de ses principales responsabilités concerne les mandats de fonds d'investissement socialement responsables. Mélanie est diplômée en gestion de l'Université Catholique de Louvain en Belgique, et a plus de 17 ans d'expérience dans le secteur financier luxembourgeois.


Ce 48e Midi de la microfinance est organisé avec le soutien de la Direction luxembourgeoise de la Coopération et de l'Action humanitaire, et du réseau InFiNe.lu, et en collaboration avec la Banque de Luxembourg.
Les Midis de la microfinance ont lieu durant la pause-déjeuner de 12h à 14h. Au menu, la présentation d'une étude ou d'un cas pratique par un expert d’un domaine de la finance inclusive, suivie d’une séance de questions-réponses, clôturée par un déjeuner-buffet.

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