Franz Faoyt
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Interview du Ministre Franz Fayot


La crise sanitaire et économique liée à la Covid-19 est une crise globale, qui touche durement les pays du sud. En fonction depuis janvier 2020, le nouveau Ministre de la Coopération et de l'Action humanitaire s'est appuyé sur les ONG et sur l’écosystème luxembourgeois en finance inclusive – particulièrement développé – afin de faire face à ces défis inédits.


La réponse de la Coopération luxembourgeoise face à la Covid-19

Monsieur le ministre, merci de nous accorder cette interview, d'accorder cette interview pour ADA… Quelle année 2020 ! Quelle année pour devenir un ministre, le 23 janvier, il y a environ six mois ! C'était un autre monde ! Depuis, il s'est passé beaucoup de choses. Peut-être est-ce la première question qu'on peut vous poser : face à une crise sanitaire et économique d'une ampleur inédite, quelle a été la réponse de la Coopération luxembourgeoise ?

" Notre réponse s'est faite sur plusieurs niveaux. D'abord, dans nos relations bilatérales avec un certain nombre de pays partenaires, nous avons réorienté des fonds pour réagir rapidement aux besoins immédiats qui étaient liés à la crise de la Covid 19. Ce n'est pas un mystère que la crise sanitaire, économique, sociale est encore beaucoup plus grave dans les pays en voie de développement. Nous avons donc réorienté des fonds, notamment au Niger, où nous avons financé un plan d'aide et de prévention Covid 19, mais aussi au Burkina Faso, où nous avons fait un projet ensemble avec l'Espagne et la Belgique, pour réagir à la crise. Ensuite, nous avons, au niveau multilatéral, répondu à un certain nombre d'appels de fonds, notamment celui de l'OMS que nous avons financé dès le mois de mars 2020 à hauteur de 400 000 euros. Nous avons participé à un programme de réponse Covid 19, à un programme pour la recherche d'un vaccin. Aussi, nous avons également, dans ce contexte, participé à un appel de fonds de GAVI pour développer un vaccin. Nous avons aussi participé à un appel de fonds de la Croix-Rouge internationale qui est évidemment très active sur le terrain dans les pays qui sont touchés par le Covid 19. Voilà  pour le côté coopération multilatérale. Ensuite, au niveau des ONG, nous avons accordé de la flexibilité à nos ONG pour réallouer des fonds à des projets liés au Covid 19. Il fallait cette flexibilité pour leur permettre de réagir aussi sur le terrain. Nous avons agi avec beaucoup de flexibilité au niveau des financements, des réallocations de financements et évidemment aussi des accompagnements de tous les acteurs, avec aussi évidemment Lux-Dev sur le terrain, pour vraiment réagir à la crise. "


L'importance de la coordination des différents acteurs sur le terrain

Justement, dans ce nouveau contexte, est-ce que l'efficacité des acteurs sur le terrain ne passe pas par une meilleure coordination entre gouvernements, entre bailleurs ou entre institutions publiques ?

" Absolument, la coordination est essentielle ! Elle est même cruciale. Elle existe là aussi à plusieurs niveaux. Au niveau européen dès le mois de février, on avait déjà discuté d’une approche « Team Europe » en Afrique, afin de voir comment on peut mieux se concerter pour être plus efficace sur le terrain. Cette approche a été ensuite, dès le mois de mars, implémentée au niveau de la lutte contre la Covid 19. On a ainsi vu entre, au niveau européen, une coordination, une concertation qui a bien fonctionné avec une enveloppe de 1,14 milliard qui a été affectée à la réponse Covid19 et à de nombreux projets qui ont été développés entre des pays européens. Je donne l'exemple du Burkina Faso où nous avons collaboré sur un projet dans le domaine de la santé avec l'Espagne et la Belgique pour répondre à la crise sanitaire sur le terrain. Voilà un exemple de coordination au niveau européen. Il faut aussi souligner que nous sommes actifs au niveau de l'OCDE. Nous participons à un comité qui s'implique dans la cohérence des politiques, qui est un autre élément de la coordination. Il faut veiller à ce que nous fassions d'un côté ne contredise pas notre action de l'autre. La cohérence des politiques est importante à tous les niveaux : sanitaires, économiques, sociaux. Nous participons au niveau de l'OCDE à cette réflexion, à cet effort pour comprendre aussi les effets à plus long terme de la Covid 19 et voir comment on peut y répondre au mieux par une action coordonnée et concertée. "


Le rôle de la finance inclusive dans la gestion de crise de la Covid-19

On voit beaucoup d'action, beaucoup de coordination, beaucoup d'activités et de projets qui sont menés à court terme et à moyen terme, est-ce qu'on peut déjà commencer à dessiner le rôle qu'a joué, mais aussi que jouera la finance inclusive dans ce dispositif ?

" Je pense que ce rôle sera fondamental. On voit ce que qui se dessine maintenant : la crise de la Covid 19 aura des effets beaucoup plus graves encore dans les pays en voie de développement. On voit que le confinement, d'une part, mais aussi la distanciation sociale, est très difficile. Elle crée des difficultés énormes au niveau des commerces, des petites et très petites entreprises dans les pays en voie de développement qui sont les premiers récipiendaires de la finance inclusive. Il faudra vraiment reconstruire cette économie fragilisée dans les pays en voie de développement. Je pense que dans ce contexte, la finance inclusive aura un rôle clé à jouer. Il faudra pour cela renforcer les acteurs, les institutions de microfinance. Il faudra renforcer les acteurs comme ADA dans leur soutien à tous ces secteurs pour qu'ils soient en mesure de jouer ce rôle de refinanceur et  de relance économique après la crise de la Covid 19. C'est pour cette raison que nous avons participé au fonds d'un million d'euros que vous avez constitué pour venir en aide aux institutions de microfinance sur le terrain. Je pense que c'est une excellente chose. Je pense vraiment qu'il y a un rôle clé pour la microfinance et pour la finance inclusive dans cet effort de reconstruction. On voit aussi déjà que les services financiers numériques ont reçu vraiment un gros boost dans cette crise. On sait que même chez nous, tout ce qui est digital, numérique, a fait un bond énorme en avant. Je donne simplement l'exemple du télétravail, qui a vraiment connu une expérience grandeur nature à l'échelle de tout un pays et pas qu’au Luxembourg, mais aussi dans beaucoup d'autres pays. Il en va de même des services financiers numériques qui, là aussi, peuvent vraiment agir pour résoudre les problèmes de distanciation, les problèmes qui sont encore beaucoup plus graves sur le terrain, en Afrique et dans des pays en voie de développement, ceux de communication et de manque de services de paiement. Je pense qu'il y a vraiment beaucoup de choses qui sont en train de se développer de ce côté-là. On a vu aussi le dynamisme de toute cette scène lors de Catapult assez récemment. On a vraiment vu le dynamisme de cette scène des entrepreneurs africains, des startuppers africains dans le domaine des services financiers numériques. Je pense qu'il y a là aussi une belle carte à jouer en vue de la reconstruction des économies dans les pays en voie de développement. "


L’appui de l’écosystème luxembourgeois en finance inclusive à la résilience et à la croissance économique des pays en voie de développement

Vos propos précédents renvoyaient sur le très riche écosystème luxembourgeois en finance inclusive. Alors, j'ai envie de vous poser une question pour savoir comment la coopération luxembourgeoise soutient-elle cet écosystème et peut être même le coordonne-t-elle afin que les pays en voie de développement retrouvent le chemin de la résilience et de la croissance économique ?

" Nous avons constaté au cours des deux derniers mois une coordination qui s'est faite entre les différents acteurs, les investisseurs, les donateurs, les autres acteurs de l'industrie qui cherchent tous à soutenir les clients et les institutions qui les servent. Par exemple avec notre appui, la Social Performance Taskforce (SPTF) et la plateforme européenne de la microfinance (E-MFP), en collaboration avec le Center for Financial Inclusion ont lancé une plateforme de discussion qui s'appelle Covidinclusion.org pour réfléchir ensemble sur ce que nous pouvons apprendre, sur ce que nous savons des crises passées et pour développer des lignes directrices pertinentes face à la situation actuelle, pour les investisseurs et les fournisseurs de services financiers. Ensuite, vous le savez mieux que moi, ADA assure la coordination du secteur au niveau de l'assistance technique. Je l'ai déjà dit, vous avez créé, en partenariat avec notre Direction de la Coopération, un fonds d'assistance technique d'urgence destiné à permettre aux IMF de traverser cette crise. Nous avons mobilisé un million d'euros pour permettre à presque une centaine d’IMF de profiter ainsi d’emergency grants ou de recovery grants afin de traverser la crise de la Covid -19. On peut ensuite encore mentionner les principes clés pour protéger les institutions de microfinance et leurs clients dans la crise de la Covid-19. Ils ont été élaborés avec des partenaires comme le Luxembourg Microfinance and Development Fund ou le Réseau de Finance Inclusive Luxembourgeois, InFiNe.lu. Nous avons été impliqués, avec la coopération luxembourgeoise, dans cet effort de définir des principes et des accords. Ils ont été élaborés en coopération avec d'autres organisations partenaires comme notamment le CGAP, la SPTF ou la Fondation Grameen Crédit Agricole. C'est donc là aussi un effort coordonné qui vise vraiment à ce qu'on évite d’exacerber la concurrence en ces temps de crise, de limiter aussi les dommages et de soutenir le secteur et ses clients. Il s'agit de bonnes pratiques pour le secteur plus large que l'investissement d'impact. Nous avons réorienté un certain nombre de facilités d'assistance technique qui ont été lancées avec l'appui du Luxembourg, comme celle du Financial Inclusion Fund de la BEI ou la facilité RIFF de la SPTF en Asie du Sud-Est. Finalement, ce qui est important, c'est qu'on suive dans le secteur de la microfinance et la finance inclusive les préceptes et les principes du "do no harm". Il faudra que les institutions de microfinance fassent ce que beaucoup de banques traditionnelles ont fait, notamment au Luxembourg : qu'elles donnent un peu plus de latitude et un peu plus de marge de manœuvre à leurs clients pour rembourser les prêts qui ont été accordés. Il est particulièrement important dans le domaine de la finance inclusive, qu'il y ait suffisamment de marge de manœuvre et aussi suffisamment de tolérance pour ne pas étouffer les clients de la microfinance sur le terrain. Ce sont des principes directeurs qui ont été aussi élaborés et qui sont mis en œuvre dans les fonds de microfinance, mais aussi sur le terrain par les institutions de microfinance. Beaucoup de choses qui sont faites, beaucoup de coordination qui est mise en p lace pour s'assurer que la finance inclusive joue pleinement son rôle dans cette période de crise. "


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